jeudi, octobre 22, 2009

"LA MORT C'EST LA VIE." Clin d'oeil à l'appui

L'une des vieilles de la "maison" est "Delta Charlie Delta", selon l'un des pompiers réquisitionnés. J'ai entendu. Depuis le couloir où je n'avais rien à faire, à 3H15 du matin.
Cette vieille Ginette, alias "la morue", je ne l'aimais pas. Mon ami le vieux non plus.
Elle critiquait tout, m'incitant à la provoquer. Je remontai mes jupes dès qu'elle se pointait, claudicante, j'accentuai mon déhanché, pire: je souriais à la vie, n'hésitant pas à rire aux éclats lors de mes rares communications téléphoniques.
Je n'ai rien à faire ici, selon elle.
Elle est partie bêtement: une fausse route en avalant son flan. La pauvre, elle n'aimait qu'une seule chose à ma connaissance: bouffer, se gaver, s'empiffrer, oserais-je dire, jusqu'à ce que mort s'en suive.
Elle ne m'approchait que lorsque j'ouvrais à grand bruit le paquet de chips rapporté du village sur la terrasse. Privilégiée que j'étais...!
Elle ne m'adressait pas la parole, "glissait" vers moi à sa manière, compte tenu de son poids et de sa démarche hésitante, tendait le bras et fourrageait dans mon paquet, ses yeux mauvais dardant les miens. Comme s'il s'était agi de sa propriété, inversant les rôles et faisant de moi l'usurpatrice. Elle avait la priorité sur tout. Des fauteuils transatlantiques aux programmes télé. J'ai renoncé à regarder la télévision en bas, au milieu des ronflements, gémissements, reniflades, et autres joyeusetés.
Je m'enferme dans ma chambre où le roulis de la mer me rassure. Je respire le sel, le vent encore chaud, la vie nocturne.
Le vieux hurle le soir, c'est une tradition, la fatigue aidant je suppose. Il ne sait plus faire le gentleman. Mister Hyde prend le dessus.
Billie Holliday m'accompagne même si le vieux se persuade que j'écoute de la "musique de singe". Quelque part, il doit trouver ça sexy, plus que cohérent.
Le vieux et moi avons ri pendant la messe d'enterrement pendant laquelle j'étais réquisitionnée pour les lectures. Coincée derrière mon micro, je me mordais l'intérieur des joues devant ses grimaces. Il s'était placé à l'extrémité du premier rang, bien en évidence et lorsqu'il ne chantait pas de sa belle voix de ténor, il grimaçait. A chaque évocation directe de la morue, il jetait les yeux au ciel, se mettait deux doigts dans le nez, et de l'autre main, toquait sur son front.
Au cimetière, je lui ai dit que sa conduite était indécente.
Il m'a répondu:
"Pourquoi? Hé, la mort c'est la vie."

jeudi, octobre 08, 2009

Petite conne


- Et la fille, là, le gros tas, avec le collant beigeasse mémère, un sourire faussement timide, tu parles, on ne m'y prend pas, moi! Je suis sûre que dans l'intimité, avec un coup dans le nez....Tu vois le genre...?
-Non pas du tout. je trouve qu'elle a l'air gentille. Elle est souriante. T'es vraiment bizarre.
- Ouais, c'est ça, d'accord. N'empêche qu'elle a rien à fouttre là. C'est pour un poste de mannequin, oui ou non?
-Oui, et alors? Elle est très jolie. Et elle, elle se la pète pas.
-Qui se la pète ici?
- ...
- N'empêche, tu vas voir pendant les essayages. Je suis sûre qu'elle a le cul plein de capitons!
-Et toi, le nez et le menton plein de comédons. Tu LUIS, littéralement.
C'est simple, tu concurrencerais un phare en pleine tempête.

FRFFFfffffrrrrrrrrrr

-Et pas la peine de sortir ton miroir Chanel, voir ton reflet risquerait de te déstabiliser juste avant l'entretien.
- Tu t'es vue, face de morue?
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Bonjour mesdemoiselles, je me présente je suis L*C*. veuillez me suivre, nous allons vérifier vos mensurations afin que celles qui ne correspondent pas à notre recherche puissent être libérées rapidement.

-Elle Juste?
-C'est moi
-On va commencer avec vous.

TUIT TUIT TUIT:
- Parfait, Next!
-Euh, je n'essaye pas ce pantalon?
-Non, plus tard.
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-Ah, tu vois, qu'est-ce que j'avais dit? Mate son cul, à la grognasse tellement trop souriante. ça ballote pas mal, ça ballotte sec.
- Ferme là.
-Qu'est-ce que tu fiches? Tu te fous à poil?
-je change de soutien gorge.
-Oh, l'autre... Elle a ramené son soutif porte bonheur... Mazette, alors ça, c'est du soutien de compèt'!!!!
..........................................................................
-Euh... Elle?
-Oui? Je peux essayer la robe en maille, la noire? Je la trouve vraiment ravissante!
- C'est à dire que ça ne va pas aller pour vous
-Pardon? Pourquoi?
- Vous êtes beaucoup trop cambrée, bien trop fine d'apparence malgré d'excellentes mesures. Ma pauvre....! Hihihi!
(Aurais-je raté une drôlerie?)
-Et les autres? (Quid de la vache celluliteuse?)
- ...Au revoir Elle. Bon courage.

-Je vous déteste , vous et vos fringues minables.
"Je ne conviens pas...Elle est trop ceci, pas assez cela. Elle est bien mais c'est à dire que... Nous conservons votre CV et.... Blablabla. Votre profil est très intéressant mais il faut se dire que ce n'était pas votre destin...."
Bande de connasses!

Elle ne trouve pas sa place
Elle devient quelque peu aigrie.
Elle pense qu'un moine tibétain himself le serait aussi, à sa place.
Sa place?



Voilà, c'est ainsi qu'Elle a atterri ici, dans cette "maison" de bord de mer...

Edit: Elle ne fait pas office de phare.
Edit1: Elle raconte sa vie à un vieux pour qui elle s'est prise d'affection (!!!!). Chaque jour, il l'oublie. Chaque matin, elle doit se représenter. Il n'a aucune mémoire immédiate.

mercredi, octobre 07, 2009

Tout pour se faire remarquer


Lorsqu'Elle passe dans son accoutrement de ...Fée et qu'il lui murmure dans son oreille, lui, sur sa moto, bien protégé prêt à démarrer, lâche...: "Salope!"
Il est content, sur son engin, envolé, dans le lointain.
Lorsqu'Elle passe, accoutrée, simplement, eux assis en terrasse, égrillards, l'oeil torve, désœuvrés, entité à jeter (aux ordures, selon Elle)...
Et eux d'élever la voix (et le reste), criant presque, et d'employer des mots, sexués (orduriers, selon Elle).
Ils en jettent, indignes, désespérés, en vain, dans l'attente d'une oeillade de sa part, à Elle:
"Rien qu'un p'tit sourire, allez quoi, mad'moiselle!"
Elle ne vous entend pas. Elle n'expose pas, ne montre pas, Elle passe.
"Hé, saloooope!!!! Ha, ha, ha!"
Elle se dénude, une impression de déjà vu, cette fragilité, à la merci du sexe, du nombre, du groupe. Et l'union fait la force. Un coup de froid, un déséquilibre, un pas qui se presse, une contraction dans la poitrine, Elle étouffe.
Imperceptile.
Un haussement d'épaule, des joues brûlantes sous la poudre.
Une surface trop visible.
Elle est en-dessous

lundi, octobre 05, 2009

Anesthésie générale


J'ai aimé ne pas répondre aux questions, ne pas les entendre.
Comme les vieux qui choisissent de devenir sourds. Quel luxe.
Comme une maman qui ignore les questions gênantes.
J'ai aimé les drogues licites qui font planer, les yeux ouverts, allongée sur mon lit, lourde et légère, incapable de bouger.
Quel délice.
Doux et chaud. Lorsqu'une partie de mon cerveau migre. Ou meurt. Dans un tunnel. Sans lumière.
Contempler la mer, ses reflets argentés la nuit, sous une lune ronde et pleine.
Parler à la mer, sans -e.
Entendre son murmure et frémir. Voir la mer de mon lit à n'importe quelle heure. Sourire.
Le vieux d'à côté geint, crie, souffre, bruyamment. Il fait des rimes en engueulant: "Aide soignante, vous êtes chiante."
En bas sur la terrasse, il me fait des clins d'oeil. Il dit que je comprends tout, moi: "Elle, elle comprend tout", lorsque je quitte mon lit, le paradis.
Je descends fumer trois, quatre, cinq cigarettes, qui ne me font plus tourner la tête. Pas de rosé. J'ai mieux.
Je sens le barbecue des papillons nocturnes grillés sur les halogènes de la treille, au milieu des bougainvillées. Ivresse psychotropique. Sous les tropiques.
Lire, lire, lire
Ecrire.
Converser avec la simplicité, le terre à terre, le solide.
Oublier l'essentiel intellectuel.
Regarder, s'abreuver, toucher, m'enfouir dans le kykuyu.
Me laisser bercer.
Pour toujours

mercredi, septembre 30, 2009

Pourquoi Elle?


Parce que.
Cette main droite entre mes cuisses, toujours, pour m'endormir, te parler, vraiment.
Cet isolement,ce mutisme, cette incompréhension, en tous sens.
La différence.
Cette main chaude entre mes cuisses, la mienne, rassurante.
L'insomnie, les souvenirs, dégueulasses. La soif. Vengeance.
Une démarche chaloupée, tortillante pour l'autre.
Élégance, grâce, innocence, totale.
Jeunesse insolente, mensongère. Regards, haussement d'épaules.
Parler sans mots.
Marcher pieds nus sur le bitume, sourire, ou pas. hausser les épaules. Ne pas regarder.
Ceux qui regardent.
Le serrer sur sa moto, fort, jeter la tête en arrière, s'ébouriffer de vent, se laisser envahir.
En surface.
Traîner en bikini, en short court, en débardeur, la bretelle au niveau du coude.
Mutisme.
Faire brûler ses jambes au soleil, manger des glaces, ne pas répondre.
Fumer

mardi, septembre 29, 2009

Entendu (De nombreuses fois): "Cette fille est demissionnaire"




Parfaitement. J'assume. C'est exactement ça. Pas mieux.
Je ne me jette pas d'un pont. Je ne me pends pas. Je vais à l'hôpital, sans bagage, sans mémoire.
Je suis lâche. Voire leste, lestée, de Tout.
A moi le Rien. Le vide relaxant. Que je me roule dedans, flottant. Pourvu que ça soit chaud et doux...
Sans nom, nul besoin de se justifier. Sans passé.
Au moins en ce qui concerne les autres.
Ici, ce sont les psychotiques, névrotiques recensés, classés, soignés, le personnel soignant ou pas, une pointe d'administration, de gestion et d'intendance en tout genre.
Des blouses, des sabots, des regards méfiants, sévères, scrutateurs. Des poignées de main, parfois, à l'entrée du grand ponte, des crise terribles, des êtres en décomposition, des hommes et des femmes robotisés.
Je suis là pour ma chambre où je suis seule. Ma chambre vide. Un lit, une petite table, un placard, vide. Une porte avec petite fenêtre encastrée. Des murs jaune. Pisse de chameau.
Je suis là parce que malgré mes batailles pour me reconnaître, mes envois, mes appels, mes motivations affirmées, démontrées, la ville n'a pas besoin de moi. Paris. Elle ne m'accueille pas. Je ne me plains pas. J'aurais essayé.
Entendu 2): "Vous ne faites pas partie des personnes prioritaires"
Entendu 3): "Trop blonde"
Entendu 4): "Tu suces? Y a p'têt moyen de s'arranger"

J'ai le sourire. Je suis curieuse. J'adore le tout, le tout des autres. Et j'ai appris à aimer mon rien.
A l'hôpital, Elle apprivoise son Rien.

J'aurais voulu enguirlander le monde


Dans un mégaphone géant. L'on m'entendrait depuis Sidney jusqu'à Honolulu , en passant par Melun, Brive la Gaillarde et Ankara. Au Soudan, au Pakistan, à Saly... Et tous les individus m'entendraient, me comprendraient.
Je deviendrais polyglotte comme les apôtres dans la Bible le lendemain de l'ascension, à moins qu'il ne s'agisse de la Pentecôte. On s'en fout.
Je hurlerais,mieux qu'une rockeuse, mieux qu'une rebelle, mieux que le caporal de l'armée formée pour tuer, quoiqu'il arrive.
Donne ton corps, ta vie aussi et les morceaux de ta famille, pour la patrie. Qui ça?
Peu importe, fais ce qu'on te dit, soldat, étudiant en HEC, à l'Ipag ou à Saint Machin truc bidule pas sain du tout.
Pas d'état d'âme, c'est pour les faibles, les mauviettes, les loosers. cesse de réfléchir. Ou bien construis ta réflexion. Comme on t'a appris à le faire, c'est scolaire: Intro, 1) 2) 3), conclusion, sans oublier l'ouverture finale. L'ouverture en guise de fermeture, rien de tel pour enculer les merdeux.
Je crierais: Hé! Ho! ça va durer longtemps ce concours d'enculage massif, oserais-je dire non transitif? ôte toi de là que je m'y mette, t'es pas beau, t'es trop vieux, tu pues, et qui va à la chasse...
C'est sûr, c'est pas parce que je te dis que je t'aime et que je veux ton bonheur, que je te roule pas dans la farine du gâteau que je t'ai apporté. Etouffe toi avec ton gâteau.
ça va durer longtemps?Tant qu'il y aura trop de monde partout. Faites comme les chinois, arrêtez de pondre bande d'égoïstes.
A bac+4 , j'étais caissière chez Shopi. Et j'ai rien contre Shopi. Mais pour ce qui est des caissières, c'est autre chose....
Mireille, elle est grosse, elle pue, elle va à 2 à l'heure, elle fait chier tout le monde. Plus personne ne va à sa caisse. Résultat? On croule sous les clients.
Et pendant ce temps, Qu'est-ce qu'elle fait Mireille? Elle graille, elle se gave, elle bouffe.
Je t 'épargne le cas Françoise. Et je passerai sur Salima. Aussi.
Le monde, tu m'entends?
Je m'adresse aux gens heureux, ceux qui travaillent, dans leur domaine, ceux qui sont bien payés, bien aimés, bien logés, bien nourris, bien habillés. Ceux qui s'exilent aux Bahamas, en Equateur, Au Guatemalta, trois fois par an pour les vacances. Vous m'entendez, là-bas? Tout là-bas?
Je m'adresse à une minorité, une putain de minorité, victime de discrimination.
Faites pas gaffe, les gens sont jaloux.
c'est vilain.
Moi, je suis jalouse.
Je suis vilaine mais je m'en fous.
Je suis Elle.
Qui se soucie d'Elle?